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Entretien avec Patrick Groff, Olenergies

La transition écologique est la raison d'être et le point de départ de la création de la startup Olenergies. Les enjeux climatiques très importants pour ses fondateurs n'éludent pas les questions de gouvernance qui restent essentielles pour performer à long terme.

Patrick Groff est le Directeur des Opérations d’Olenergies, startup de la transition énergétique depuis 2 ans.

La notion de transition pour point de rencontre

Olenergies est fondé par Julien Le Guennec en avril 2018. Patrick et Julien se sont rencontrés lors du salon Viva Technology. L’accroche est immédiate et le binôme se crée. Après 20 ans dans la presse digitale et poussé par des convictions personnelles fortes sur l’écologie et la maîtrise des ressources, Patrick Groff se forme à Science Po en suivant le Master Énergie et Environnement. C’est ensuite qu’il change de carrière.

Julien Le Guennec travaillait quant à lui déjà dans les énergies renouvelables marines. Très dynamique, œuvrer dans ce secteur a rapidement fait émerger des idées pour répondre à l’enjeu du stockage de ces énergies. Cette question-clé n’est toutefois pas encore totalement maîtrisée par la France et même l’Europe.

On a vraiment besoin d’avoir une souveraineté sur un segment stratégique. Stratégique pour la voiture électrique, il est aussi stratégique pour accompagner le développement des énergies renouvelables, précise Patrick Groff.

Olenergies se dote donc d’un Directeur Technique, Walid Lajnef, issu du groupe PSA et expert en batterie. En 2021, la startup compte une douzaine de personnes et prévoit une augmentation de ses effectifs jusqu’à 40 sous peu. En tant que fabricant de batteries, mais également concepteur de logiciel et d’une plateforme digitale pour piloter et optimiser l’utilisation de ces batteries via l’intelligence artificielle, le recrutement est essentiel. Stéphane de Luca, connaissance professionnelle de Patrick rejoint l’aventure pour diriger et mettre en œuvre les développements IT.

Des batteries Made in France

La conception est au cœur d’Olenergies. Les défis d’optimisation sont constants, et la fabrication de batteries est une discipline complexe et coûteuse. Sécuriser les batteries est également indispensable. De plus, on note que selon le pays dans lequel elles sont implantées, l’utilisation va varier et les fonctionnalités devront s’adapter.

Il y a énormément de composantes, de paramètres et d’optimisation à faire, dès la conception pour limiter les coûts. Le problème de la batterie, c’est son coût d’achat qui reste élevé et un risque d’obsolescence prématurée en cas d’utilisation abusive. Une batterie est assez proche d’un corps vivant et demande à être protégée et utilisée dans de bonnes conditions pour garantir une bonne durée de vie, résume Patrick Groff.

Des batteries performantes plus longtemps pour plus de durabilité

C’est le point le plus important sur lequel Olenergies concentre ses efforts : augmenter la durée de vie des batteries. Deux raisons à cela, la première est économique car plus on utilise la batterie longtemps, moins l’investissement coûte cher ; et la deuxième pour des raisons écologiques évidentes.

“Classiquement les batteries au plomb durent 2 ou 3 ans et les batteries au lithium ou au cobalt comme celles des téléphones portables ou même des voitures électriques durent 5, 6 voire 7 ans. Les batteries LFP d’Olenergies peuvent durer jusqu’à 15 ans pour certains modèles, notamment grâce au pilotage intelligent de leur utilisation. L’objectif est d’atteindre les 20 ans de vie pour les futures batteries du constructeur” explique Patrick Groff.

Bâtiment, usines, fermes solaires ou éoliennes, robotique agricole : tout sauf l’automobile

Olenergies déploie des solutions de batteries optimisées qui s’adressent à tous les secteurs excepté celui de l’automobile, préempté par la batterie au cobalt et une concurrence forte.

Olenergies développe en particulier des solutions d’accompagnement du développement des énergies renouvelables intermittentes, énergie solaire, éolienne ou marine, avec des batteries de grande taille adaptées aux besoins de stockage des infrastructures. La startup propose ainsi les batteries ayant les capacités de cyclage (un cycle = une charge / décharge) les plus importants du marché ​ pour sa catégorie.

Un autre marché est la robotique agricole : Aujourd’hui l’agriculture c’est vraiment un segment qui est en transition. De la tondeuse électrique au robot agricole, il faut des batteries compactes, denses, efficientes, qui supportent la chaleur et les chocs. On travaille beaucoup sur cette axe, indique Patrick Groff.

Un choix éclairé des matières premières pour limiter son impact sur toute la chaîne de valeur du produit

“La question du recyclage se pose bien sûr en fin de vie des produits, mais déjà au départ, la question est de savoir ce que l’on sélectionne comme composants. Tout le monde parle des métaux rares, mais il n’y a pas de métaux rares dans les batteries” rappelle Patrick Groff.

Le lithium est le quatrième produit le plus répandu sur terre. Pour créer des batteries, on y ajoute soit du phosphate de fer, soit du nickel, du manganèse ou du cobalt, trois technologies de pointe actuelles qui ne sont pas des métaux rares. L’extraction du cobalt est un sujet controversé car 60 % des réserves mondiales se trouvent en République Démocratique du Congo, et Amnesty International rapporte que beaucoup d’enfants sont exploités dans ces mines. Cela a donc pesé dans la balance pour Olenergies, qui a fait le choix de ne pas travailler avec du cobalt afin de préserver son éthique.

En fin de chaîne, le recyclage est un élément essentiel. Patrick Groff explique qu’aujourd’hui, la batterie qui est la mieux recyclée est celle qui pose le plus de problèmes : la batterie au plomb. Son système de recyclage est toutefois performant car la technologie est datée et la filière a eu le temps de se structurer.
Il précise que le recyclage du lithium, du cobalt, du manganèse et du nickel sera utile dans beaucoup d’industries. C’est une filière de recyclage qui commence à s’organiser puisque l’on va récupérer le cobalt et le revendre assez cher.

“Notre filière est en train de s’organiser, mais rencontre un vrai handicap puisqu’il n’existe aujourd’hui pas de modèle économique quand on parle de recyclage pour cette technologie : le modèle de de valorisation n’a pas encore été trouvé. Ce qui ne nous empêche pas de recycler évidemment, nuance Patrick Groff. Nos batteries vont être recyclées dans 10 à 15 ans et l’on s’attaque à ce problème dès maintenant pour l’anticiper avec des partenaires, des acteurs miniers français et internationaux experts du sujet.”

La notation d’impact positif suppose une approche globale

L’idée d’impact est corrélée à l’activité de l’entreprise pour Patrick Groff. Le défi est de faire en sorte qu’il soit positif pour la planète. Les enjeux autour du climat et de la biodiversité sont prioritaires. Néanmoins, il ne faut pas négliger les problèmes sociaux et sociétaux. En somme, tout ce qui est couvert par les Objectifs de Développement Durable de l’ONU est un sujet.

Patrick Groff se concentre sur le climat : Le climat c’est vraiment ce qui m’anime. Selon moi, l’impact positif d’une entreprise aujourd’hui est d’avoir un impact vraiment positif sur le climat et donc sur la baisse des émissions de gaz à effet de serre. Les batteries Olenergies ont pour objectif de contribuer à la décarbonation des industries.

Julien Le Guennec a voulu faire d’Olenergies une entreprise sociale et solidaire dès le début, et l’a inscrit dans les statuts de la startup. Ce point a fait consensus pour l’équipe, à noter que cela n’est pas neutre pour une entreprise du secteur de l’industrie.

Selon Patrick Groff, dans l’Economie Sociale et Solidaire, Olenergies est la seule entreprise de ce type, ce qui est le fruit d’un long travail. Audités par la DRIETTS (anciennement la DIRECCTE – Direction régionale et interdépartementale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités) pour obtenir l’agrément « ESUS » ( Entreprise Solidaire d’Utilité Sociale), cela aura pris presque 2 ans à Olenergies.


“Derrière ce label ESUS, il y a bien sûr la notion d’écologie, mais il y a surtout cette notion d’impact sociétal sur nos employés, sur nos clients, sur nos fournisseurs, sur notre environnement ; et au sein même de la pépinière de Montreuil où est hébergée Olenergies, sur nos pairs, sur notre écosystème. On met donc en place un certain nombre de mesures justement pour faire face à ces défis.” ” explique Patrick Groff.

Il donne l’exemple d’une mesure qui est assez emblématique : sur les salaires, entre le moins payé et le plus payé de l’entreprise, une différence de fois 7 ne peut pas être dépassée. Cela peut paraître énorme, mais par rapport aux autres entreprises c’est très peu, on trouve souvent du X30 voire du X50. Pour lui, les nouveaux collaborateurs le savent et rejoignent Olenergies aussi pour cette gouvernance juste et cette solidarité en interne.

La transition énergétique comme étoile polaire

L’impact positif est le contenu de la première slide de présentation client d’Olenergies, l’ensemble des produits étant conçus pour assurer une transition vers une énergie décarbonée.

Avec Olenergies, Patrick et son équipe souhaitent impulser le changement. Ils échangent par ailleurs avec les responsables de manifestations sportives ou culturelles dont l’objectif est d’atteindre le zéro émission fatidique durant l’événement. Pour rappel, durant les JO de Londres en 2012, 40 millions de litres de gasoil ont été brûlés dans des générateurs d’électricité, rien que pour les caméras, les chronomètres et les Food Trucks.

“Les notions de responsabilité et de durabilité font également partie de notre processus de recrutement. Celui qui n’est pas dans cette logique ne nous rejoindra pas, et on ne le recrutera pas, c’est mutuel. C’est une volonté des dirigeants que de recruter des gens qui nous ressemblent” explique Patrick Groff.

Le binôme corporate-startup comme catalyseur de transformation

Patrick Groff parle par expérience, faire agir un corporate est un long processus. Sans intervention extérieure, il est selon lui difficile voire impossible de le faire bouger. Les gestes ne joignent pas toujours les volontés.

“En tant que cadre dirigeant de corporate, je m’étais vraiment beaucoup basé sur l’écosystème des startups pour nous bouger, nous apporter des idées, des solutions, des mindsets, des façons de changer. On organisait des déjeuners à midi avec des startups qui venaient pitcher etc… L’osmose et le lien créé entre les corporates et les startups sont à ma connaissance le moyen d’action le plus efficace, bien que posant des problèmes, pour se transformer. Cela s’explique du fait que les startups n’ont pas forcément le temps, elles n’ont pas les moyens des corporates”, précise Patrick Groff.

Dotés de nombreuses ressources humaines et financières, les corporates ont tout de même les moyens de leurs ambitions et les startups ont tout intérêt à s’appuyer sur eux. Patrick Groff les compare aux requins et aux poissons-pilotes.

Le binôme est vraiment pertinent dès lors qu’il y a besoin de se transformer. Patrick soulève aussi le point de la pression législative et réglementaire sur les entreprises et sur les États, comme les quotas de CO2 par exemple.

Olenergies est partenaire du Forum Waves of Change à Biarritz, qui est un événement dont l’enjeu est de faire se retrouver des corporates, des startups et des investisseurs pendant 3 jours pour mieux se connaître et pour se faire confiance pour mener de concert des projets innovants et de transformation.

Le greenwashing n’est jamais loin

Quand on lui demande si l’impact positif et les ESG sont une transformation de fond ou un effet de mode, Patrick Groff nous répond “les deux”. Par cela il sous-entend que les efforts de “verdification” observés chez les corporates sont souvent le résultat d’actions de communication, la RSE étant encore très souvent rattachée à ce département ou au Président directement. Un directeur communication peut facilement devenir directeur du développement durable, ironise-t-il, c’est en ce sens que c’est aussi un effet de mode.

À l’inverse, il y a une tendance de fond qu’il qualifie de redoutable dans le secteur de l’automobile. Plus qu’une mode, il s’agit d’une réalité. Les modèles électriques se multiplient et les constructeurs qui n’en produisent pas fermeront boutique selon Patrick Groff. La transformation est nécessaire.

Les clients, les investisseurs et les subventions sont aussi au rendez-vous avec les startups du secteur de l’énergie qui, à l’instar d’Olenergies, combinent renouvelable et technologie.

L’éco-conception comme objectif à court terme

Pour Olenergies, deux grands projets sont en cours de développement. Le premier autour de l’éco-conception des batteries. La startup passera notamment à une nouvelle génération de casing de ses batteries pour supprimer le plastique en travaillant avec ses fournisseurs.

Le second plan d’action porté par Patrick Groff est celui de leur future usine car au regard de la montée en charge du marché, les ateliers de la pépinière de Montreuil ne suffisent plus. “Nous portons le projet d’une usine de 1 600 mètres carrés qui va se situer dans le 93. C’est un choix fort que de rester dans ce département qui a besoin de se réindustrialiser et de créer des emplois », précise-t-il.

L’usine sera complètement écologique conçue selon un cahier des charges précis. Elle sera ainsi fabriquée avec des produits biosourcés, une ossature bois, des panneaux solaires, et des éoliennes de toiture, en partenariat notamment avec la startup Wind My Roof afin d’être autonome en énergie. Un bâtiment intelligent développé avec un partenaire qui déploie un « building Operating System » viendra réduire les consommations d’éclairage, les charges, le chauffage, etc. Des bornes de véhicules électriques équiperont également la structure. Ce projet bénéficie de fonds publics et une levée de fonds privée est en cours.

Ce projet d’usine économe en ressources et intelligente a également l’ambition d’être un lieu référence de la transition énergétique et donc d’accueillir une dizaine d’entreprises qui nous ressemblent, annonce fièrement Patrick Groff.

Pour conclure, on accélère !

L’urgence écologique est vraiment là, c’est incontestable. Il faut agir dès maintenant et accélérer la transition durable et responsable insiste Patrick Groff. Seule une action collective nous permettra d’atteindre la décarbonation et la transformation de nos industries et de nos modes de vie. Passons à l’action !

Article issu de l’interview réalisée par Valentin Buffet dans le cadre de l’Enquête « Startup & Impact positif : Les prochains piliers de la transition durable ». Avec le concours de notre partenaire Mantu.

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