Solution Makers

Entretien Bruno Febvret, Mantu

L'impact positif est un véritable critère pour les stratégies d'investissement. Il est désormais indispensable pour les fonds de regarder de plus près les nouveaux modèles de croissance associés.

Bruno Febvret occupe un double rôle d’investisseur au sein de l’écosystème Mantu. Head of M&A and strategic partnerships, pour lequel il est responsable des rachats et des créations de marques du groupe. Son rôle consiste donc à évaluer les investissements de l’entreprise, et planifier leur intégration au sein de l’écosystème Mantu. Il est également Managing Director chez Aonia ventures, un fonds de Venture Capital créé par Olivier Brourhant

Aux frontières de l’activité de Mantu, Aonia Ventures « soutient des projets porteurs de sens » dans leur financement d’amorçage. Son objectif est donc différent des corporate venture, qui investissent dans des start-ups proches de leur cœur de métier : « l’intention est de soutenir des projets qui portent des valeurs, dans une sphère limitée ». Aonia Ventures a notamment investi dans le fournisseur d’électricité verte EkWateur.

La réalité de l’impact positif pour un investisseur

En tant qu’investisseur, l’impact positif est une notion récente, dont les critères tangibles sont encore à préciser : « l’impact positif, c’est une notion extrêmement large, et sa définition est encore trop subjective par manque de référentiels partagés et communs », nous avertit Bruno Febvret. Selon lui, ce sujet « traite de tout ce qui peut avoir un impact utile pour la préservation de notre environnement, des modèles économiques et sociaux durables ».

Pourtant, s’il reste un critère secondaire des stratégies d’investissement, son rôle tend à se renforcer ces dernières années. À tel point qu’« on pourrait presque voir une vague verte en matière d’investissement ». L’impact positif devient donc une nouvelle tendance pour les investisseurs, qui impose de nouveaux critères d’analyse.

« Ce qu’il faut anticiper dans le Venture Capital, c’est que l’on traite d’investissements dans des projets qui ont de grandes ambitions pour le monde ». Par conséquent, l’investisseur doit concilier des objectifs de croissance à court terme, et de pérennité sur le long terme.

Dès lors, Bruno préfère distinguer deux types de projets, aux réalités bien distinctes. On pense naturellement à l’innovation de rupture, dont l’Impact Positif est au centre du Business Model : c’est le cas de la Start-Up Geev, qui favorise le don d’objet ou de produits alimentaires entre particuliers. Dans ces circonstances, les objectifs d’investissement sont différents, tout comme le modèle de croissance.

Pour d’autre projets, l’impact positif est un élément secondaire, qui vient affirmer la proposition de valeur d’une innovation. Il s’incarne notamment à travers la culture d’une entreprise et de ses dirigeants, comme le montre l’entreprise Euveka. Soutenue par Aonia Ventures, ce projet produit des mannequins-robots connectés pour l’industrie de la mode, qui s’adaptent à tout type de morphologie humaine. Incarnée par Audrey-Laure Bergenthal, ce projet industriel traduit les valeurs inclusives et écologiques de sa dirigeante.

Les bonnes pratiques en matière d’impact positif ne se réduisent donc pas au projet ou au business model, mais à la culture de l’entreprise : « c’est le rôle de l’investisseur d’aller choisir des projets qui s’inspirent de la diversité de leurs salariés, et de transmettre ces enjeux aux entreprises qu’elle soutient », ajoute Bruno Febvret.

Le rôle des stakeholders en matière d’impact positif

D’après Bruno Febvret, « il y a un écosystème qui se crée entre les salariés les clients, les partenaires, les investisseurs et les banques. Cela est favorable pour l’Impact Positif, puisque tout le monde y trouve son compte ».

Il s’incarne tout d’abord par ses salariés, porteurs des valeurs dès la création de l’entreprise : « de fait, les nouvelles générations sont plus averties sur ces sujets. Les premiers salariés y sont déjà très attentifs, et la culture se créée naturellement autour de cela. »

Ce changement peut également être impulsé par les consommateurs : « de plus en plus de clients viennent l’imposer, à travers des critères de référencement », ou à travers des choix de consommation éthique.

Enfin, les investisseurs sont de plus en plus sensibles aux critères ESG, qu’ils commencent à imposer : « On le voit dans le secteur bancaire : il y a deux-trois ans, les critères ESG n’étaient pas pris en compte ». Par un effet rebond, les fonds d’investissement ont intérêt à se diversifier vers ces sujets, afin de faciliter leur recherche de partenaires institutionnels – cela explique en partie l’engouement récent pour les fonds Greentech, qui se développent depuis quelques années.

Pourtant, Bruno Febvret est conscient de la longueur du chemin à accomplir : « il y a encore beaucoup de projets qui ne prennent pas en considération cela. Les investisseurs commencent seulement à diversifier leur portfolio ». D’autre part, l’impact positif reste un sujet secondaire pour de nombreuses startups, noyées dans les questions opérationnelles au début de leur aventure.

L’impact positif, un vecteur de transformation pour le secteur de l’investissement ?

S’il modifie certaines règles, l’impact positif ne révolutionne pas les fondamentaux du cycle de financement : comme l’indique Bruno Febvret, « la priorité de l’investisseur reste financière».

Pourtant, les impératifs d’impact positif ont un double impact en matière d’investissement.

D’une part, « on observe l’avènement de clients engagés, qui veulent aller plus loin en investissant pour soutenir un projet. » Le développement du crowdfunding renforce cette tendance, comme en témoigne l’exemple d’EkWateur : « l’entreprise a réalisé deux levées de crowdfunding, qui ont battu les records français en la matière ».

D’autre part, les grands fonds sont incités à diversifier leurs investissements, afin de « compenser les effets négatifs de leur activité, sous l’influence de leurs stakeholders ».

Quel est le rôle de l’investisseur en matière de gouvernance RSE ?

Pour Bruno Febvret, « le métier d’investisseur, c’est d’accompagner les start-ups pour qu’elles puissent anticiper les risques futurs. » Dès le début, son rôle consiste donc à inciter les entrepreneurs à adopter des bonnes pratiques en matière de RSE – tout en trouvant un équilibre avec les objectifs de croissances qu’ils convoitent. En tant que conseiller du board, il se doit d’identifier des actions concrètes pour ancrer le Positive Impact dans leur culture, « car cela deviendra un frein pour leurs clients ou pour leurs partenaires. »

Article issu de l’interview réalisée par Mantu dans le cadre de l’Enquête « Startup & Impact positif : Les prochains piliers de la transition durable ». 

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